L’Innovation pour Altran : « quand l’impossible devient possible »

Altran est un groupe de 17 000 consultants travaillant sur des domaines aussi divers que les sciences de la vie, l’aéronautique, ou encore l’électronique. La société est présente partout dans le monde, en particulier en Europe et est spécialisée dans le conseil en stratégie et en management. Elle promeut l’innovation au service de l’intérêt général.

 

« Qu’est-ce que la créativité ? Qu’est-ce que l’innovation ? » Ces questions, posées d’entrée par Philippe van Caenegem, directeur de l’Innovation d’Altran, ont surpris les étudiants venus nombreux à la conférence, donnée le 15 septembre. Ce dernier a souhaité faire une démonstration de ce que peut être la créativité en inversant les rôles : les élèves ont répondu aux questions posées naïvement par le maître.

Les étudiants, amusés par ce renversement de responsabilités, ont donné les définitions suivantes : la créativité serait la somme de l’imagination, de l’expérience, de la prise de risque et de la réponse aux besoins. Quant à l’innovation, elle serait le résultat de l’addition de la création, des nouvelles technologies, de l’amélioration, des nouveaux besoins et de l’adaptation au marché. Philippe van Caenegem, tout en admettant la relative pertinence de ces réponses, a ensuite donné la sienne: « Le monde de la créativité est un monde où l’on ose spéculer, inventer, faire des liens, questionner, développer, penser. Il se pose face au monde opérationnel, l’univers des règles, des décisions, des habitudes. Au croisement des deux se trouve l’innovation. «Innovation is creativity that ships », selon la définition de Steve Jobs (Ndlr : PDG d’Apple). C’est de la créativité qui peut être vendue, qui crée de la valeur. »

Et l’intervenant de s’emparer de la bouteille d’eau qu’il tenait à la main : « Cette bouteille est un peu chère. Comment optimiser le coût de la capsule ? Si l’on choisit de modifier la capsule, la solution sera probablement mineure, «incrémentale». Mais si l’on choisit par hasard de carrément la supprimer, alors il s’agira d’une innovation de rupture. » Une démonstration originale pour faire comprendre aux étudiants que la question de l’innovation n’est pas si simple, qu’elle se décline selon des types différents, qui font appel à des processus divers.

La salle fut complètement désorientée lorsque Philippe van Caenegem a expliqué en paraphrasant Albert Einstein, que si une idée n’est pas absurde, il n’y a pas d’avenir pour elle. Cette provocation, lancée comme un défi à un public d’ingénieurs, avait pour but de leur faire sentir le rôle crucial de la créativité dans l’innovation. Einstein n’était pas fort en maths, et pas tellement davantage en physique, mais il avait « la bosse de l’imagination ».

Un petit film levant l’illusion d’une scène de théâtre en entraînant derrière le décor le spectateur, témoin de l’aveuglement des acteurs, parachève sa démonstration. La leçon est qu’il faut défier ses propres perceptions et que tout peut trouver une cohérence lorsque l’on bouleverse les cadres. Ce qui est absurde peut très bien devenir logique : il suffit de changer de système. Telle est la force de l’innovation.

Après cette démonstration, qui a parfois touché à la réflexion philosophique, Philippe van Caenegem, plus terre-à-terre, a présenté un exemple concret de processus d’innovation : le Grenelle de l’environnement. Les différents acteurs du développement durable ont listé les initiatives déjà existantes en termes de respect de l’environnement, ont analysé les besoins pour définir des objectifs. Puis ils ont cherché des réponses sous la forme d’idées d’applications et d’actions qu’ils ont ensuite soumises à l’approbation du gouvernement.

Les étudiants n’étaient pas au bout de leurs surprises. Philippe van Caenegem a décidé de les mettre eux-mêmes en situation : chacun a du exprimer une idée d’innovation, reformulée ensuite par son voisin, en exploitant parfois quelques éléments de méthode, comme l’analogie (ce qui n’existe pas encore ici n’a-t-il pas déjà son équivalent ailleurs ?) et l’absurde.

Pour achever de tuer Descartes, Philippe van Caenegem a démontré qu’une idée a priori impossible à réaliser pouvait devenir réelle : quand Bertrand Piccard a décidé de faire le tour du monde avec un avion fonctionnant à l’énergie solaire, les chercheurs lui ont dit que cela était impossible. Comment faire en sorte que l’impossible devienne possible ? Les étudiants ont lancé plusieurs idées : faire planer l’avion au maximum, utiliser les courants ascendants, capter et transformer l’énergie thermique dégagée à l’intérieur… et même ajouter des éoliennes… La réalité n’est pas si éloignée de ce qui a été dit : le parcours de l’avion a été optimisé à l’aide d’un logiciel prenant en compte les courants ascendants, l’ensoleillement, les différentes sources d’énergie. Un petit film retraçant l’exploit réalisé par Bertrand Piccard a terminé la séance en faisant partager aux élèves l’émotion liée à la réussite d’une innovation. La conférence s’est achevée par des applaudissements mérités.