Des femmes ingénieurs

200395312-001.jpgUn constat dressé par le Point (11/11/2010) en guise d’introduction et qui n’est certainement pas un scoop : la parité n’est pas à l’ordre du jour dans les écoles d’ingénieurs, puisque les filles représentent à peine plus du quart des effectifs. Cela est particulièrement vrai pour les écoles ouvrant à des carrières technologiques, notamment les écoles d’ingénieurs et d’expertise informatique. Un «univers d’initiés» qui «a de quoi dérouter plus d’une jeune fille en fleurs», selon l’hebdomadaire.

Pourtant, comme le montre bien l’article, cette fuite des filles est regrettée et regrettable à plus d’un titre. D’abord pour les personnalités féminines adaptées à ses carrières, qui parfois renoncent à leur passion par peur ou aveuglement. Pour les femmes ensuite, en tant que groupe social, qui se ferment des horizons qui leur permettraient d’atteindre des niveaux de salaires au moins aussi élevés que ceux des hommes. Alors qu’elles revendiquent la parité, les filles se dirigent paradoxalement vers «des secteurs où l’écart avec les hommes sont les plus importants et les débouchés moins assurés», constate Le Point.

L’absence de femmes est aussi préjudiciable pour les grands groupes. Selon la responsable du développement RH de Safran, qui compte près de 70 % d’hommes dans ses effectifs, «ça n’est jamais bon de n’avoir que des hommes dans une équipe, et c’est surtout très frustrant de devoir se priver d’ingénieurs qui s’ignorent». Une absence qui est aussi préjudiciable pour les hommes, privés ainsi de présence féminine dans leur environnement de travail.

Pourquoi la persistance de cette désaffection ? Les jeunes femmes se représentent les secteurs de l’ingénierie comme un milieu machiste et sinistre. Cette image est mauvaise pour au moins deux raisons que l’on peut décliner:

En raison de la réaction de fuite qu’elle produit de la part des femmes. Même si l’image d’Epinal était vérifiée, le seul moyen de faire changer la donne serait de rétablir l’équilibre, ce qui ne peut être le cas tant que les femmes ne s’engagent pas dans la voie « ingénieurs ».

-Dans le cas où une femme estimerait que croire en la réalisation d’un équilibre hommes-femmes serait faire preuve de naïveté, elle pourrait capitaliser sur cette situation déséquilibrée : ce qui est rare est précieux et recherché.

En raison de sa fausseté. Les témoignages de jeunes femmes qui sont entrées en tant qu’ingénieurs dans les grands groupes prouvent que l’intégration est tout à fait possible : Cécile Stavaux, diplômée de l’EPITA, 26 ans, se sent épanouie et respectée dans une entreprise comme Thalès, qui compte 2 femmes pour 3 hommes dans ses rangs.

-Les femmes qui arrivent dans ses milieux possèdent des atouts à faire valoir que les hommes n’ont pas. Solène Cruaud, an quatrième année à l’IPSA, explique que les femmes sont «de bien meilleures communicantes, de bien meilleures diplomates que les hommes». Leur présence apaise les relations humaines à l’intérieur de l’entreprise.

Le moyen de faire changer la donne ? Revaloriser l’image des femmes ingénieurs, par différentes opérations de communications, comme par exemple :

– La promotion des carrières d’ingénieurs auprès d’une population d’étudiantes et de jeunes femmes en formation à travers des rencontres avec des professionnelles et des séances d’information, comme le font des associations comme « Elles bougent » ou bien certaines entreprises à l’exemple d’Orange.

– La valorisation de la femme ingénieur, en insistant sur sa féminité. Comme le note Hervé Biausser, directeur de Centrale Paris, «cette génération a besoin de s’identifier». Centrale Paris, au risque de tomber dans la caricature, a lancé le blog Mademoisellefaitcentrale.com, qui donne de la centralienne une image « fashion victime, Parisienne-branchée-bon-chic-bon-genre ».

Le déficit des femmes dans les écoles d’ingénieurs n’est pas une fatalité.