Portrait d’enseignant : Joël Journaux

Joël Journaux, 59 ans, est professeur de compression de données à l’Epita depuis plus de 6 ans. Sa formation initiale, un doctorat de physique des solides obtenu à l’université d’Orsay, est principalement axée sur la physique et les mathématiques.

A l’obtention de son doctorat, Joël Journaux entre au CNRS où il ne reste que très peu de temps. Il décide ensuite de s’orienter vers le traitement d’images, la reconnaissance de formes et par extension la compression des images et des sons. Nous sommes au début des années 80, une période où l’informatique permet de mettre en application des algorithmes sur des PC. « C’était une époque où la micro informatique était un outil qui naissait et je trouvais ça très séduisant de faire, non pas de l’informatique de gestion, mais de l’informatique au niveau des applications scientifiques, des applications d’automatisme… Et à l’époque c’était quasiment de l’artisanat : une époque de pionniers en quelque sorte, où une seule personne pouvait prétendre faire une application dans son intégralité! »

Joël Journaux est donc d’abord allé se « faire les dents » pendant une dizaine d’années, comme il aime à le dire, au sein de PME spécialisées dans l’automatisme.

Après avoir acquis expérience et relations, il fonde une petite entreprise : ELSA. « J’ai rapidement et délibérément orienté ELSA vers l’utilisation de la micro informatique, à la place des gros automates programmables qui pilotaient les machines. Nous nous sommes spécialisés dans la micro informatique, le pilotage d’unités plus petites et sur des programmes un peu plus abstraits, ce qui nous a poussé graduellement vers le traitement d’image, le traitement du signal en général, très à la mode dans les années 80.»

Dans le même temps, Joël Journaux crée un logiciel de reconnaissance de caractères. « J’apprenais aux machines à lire. J’avais commencé à faire cela pour me distraire et puis très rapidement je me suis mis à y consacrer énormément de temps au point d’abandonner tout le reste… ce qui était quand même très risqué. » Coïncidence et coup de chance, la Française des Jeux lance a ce moment là un appel d’offre pour un logiciel qui serait capable de lire des caractères numériques sur les bulletins de jeux. « J’ai répondu à l’appel d’offre et, à ma grande stupéfaction, mon soft a été sélectionné. Ma candidature a finalement été retenue alors que j’avais conçu ce programme tout seul. J’ai travaillé pour la Française des Jeux pendant 7 ans ».

« Dans les années 90, j’ai intégré une entreprise un peu plus importante. Elle s’occupait de compression d’images, de boitiers numériques, d’embarqué. Je n’y suis resté que 2 ans, car je m’y suis très vite ennuyé…J’avais besoin de création. ».

Joël Journaux ne quitte pas l’entreprise seul, il repart avec 3 autres collègues avec lesquels il crée en 2001 Survision, une société qui fait de la lecture automatique de plaque d’immatriculation. Survision fournit aux intégrateurs et aux utilisateurs de contrôle d’accès (sociétés d’autoroute par exemple ou gestionnaires de parking)  des technologies pointues en matière de traitement d’image pour la reconnaissance et le suivi des véhicules.

A côté de ces activités professionnelles, Joël Journaux est aussi enseignant à l’Epita. « J’ai toujours eu le goût de l’enseignement. A l’université, déjà,  j’étais assistant pendant ma thèse. Je cherchais à faire de l’enseignement, parce que mon métier est un peu austère, je passe mon temps devant un écran et j’aime voir les gens donc je me suis tourné vers cette solution depuis déjà une dizaine d’années. En regardant où je pouvais être utile, je suis arrivé ici à l’Epita. »

Au départ le cours était une option, mais il est rapidement devenu obligatoire. « La compression des données et notamment de l’image est devenue, dans les nouvelles technologies, un point central, focal, extrêmement important. Si on ne savait pas compresser l’image et le son, la plupart des applications multimédias qui nous entourent ne seraient pas possible. C’est donc devenu une discipline incontournable. Un ingénieur en informatique ne peut pas ignorer à présent ce domaine, et doit au moins en connaître les principes et les enjeux.»

Les cours de Joël Journaux laissent délibérément une large place à la théorie. Selon lui, une formation théorique solide permet de s’adapter. « A l’heure actuelle je suis gâté, parce que comme je viens de vous le dire les applications de compression de donnée et de traitement du signal foisonnent donc j’ai de multiples exemples à donner à mes élèves. Mais je souhaite toujours qu’ils comprennent les principes de bases, le fil conducteur qui leur permettra plus tard s’il en ont le goût d’innover à leur tour. »