“Pourquoi associer l’apprenti à un travail manuel ?” (fin)

 

Christophe Rouvrais est Directeur du Développement de l’EPITA.

Pour lui, les avantages de l’apprentissage ne sont pas assez connus du grand public, il revient donc sur les intérêts majeurs de cette voie de formation : plus d’offres que de demandes, des futurs salariés déjà recrutés avant même l’issue de leurs études, des études qui sont payées par l’employeur. Pour Christophe Rouvrais, Il faut changer de regard sur l’apprentissage (lire la première partie). Suite et fin de l’entrevue :

 

Comment se passe cette scolarité un peu à part,  y a t-il un portrait type de l’élève apprenti ?

Ce qui différencie les apprentis de nos élèves en formation initiale c’est qu’on troque une expérience intense sur le terrain mais étalée sur deux semestres en trois ans pour une expérience d’intensité continue. La conséquence intellectuelle pour l’élève est flagrante : on observe une réelle montée en maturité allié à un souci de la performance professionnelle.  L’élève se voit confier des responsabilités durant toute sa formation et cela intéresse les entreprises. « Il faut être capable de switcher », disait Edwyn, l’un des apprentis, « d’un mode étudiant à un mode salarié ». Voilà précisément ce que recherche une entreprise en 2009 car le stagiaire de six mois reste un étudiant, même sur une longue durée. Son implication de stagiaire (même ultra motivée) reste scolaire ou limitée : l’approche manque de dimension professionnelle durant les premiers temps. L’entreprise doit alors attendre que le « diesel se mette en marche » et obtient en fin de stage un bon travail de l’étudiant : l’apprenti sera opérationnel quasiment tout de suite car il a eu trois ans pour comprendre les enjeux, les rouages, les flux d’informations.

Comment savez-vous si cet apprentissage se passe bien ? L’étudiant n’est pas en permanence dans les murs de l’école…
 

Précisément ! 25 % des compétences  de nos apprentis sont obtenues et évaluées en entreprise : chaque semestre nous rencontrons les maîtres d’apprentissage pour définir avec eux les objectifs du semestre suivant. Ces objectifs sont-ils en adéquation avec les besoins de l’entreprise, avec les besoins de la formation ? Une fois la réponse à ces questions obtenue, nous définissons ensemble un programme commun en adéquation avec la progression académique de l’étudiant. Nous aurons, schématiquement, un apprenti qui va basculer des fonctions de développeur à, petit à petit, des prises de responsabilités de niveau ingénieur. Au fil des mois l’étudiant arrive à prendre du recul, de la hauteur sur le système : il quitte des fonctions techniques pour endosser un rôle de gestionnaire responsable.

epita-apprenti2.png

Est-ce pour l’école une garantie de diminution des incidents de parcours, pourrait-on faire le parallèle « apprentissage/conduite accompagnée » ?
 

Oui, on pourrait : les taux de réussite sont largement supérieur dans la filière apprentissage. C’est autant dû au mode de fonctionnement qu’à un profil légèrement différent. La maturité est flagrante dans la majorité des profils d’apprentis puisqu’ils ont choisi un projet professionnel, ils savent dans quel domaine et quel secteur ils veulent évoluer. Cela ne signifie pas que ce choix est gravé dans le marbre, certains d’ailleurs bifurqueront sur d’autres pistes révélées lors des semestres d’apprentissage. Mais j’insiste : avoir réfléchi à son futur parcours professionnel, avoir été capable de se positionner sur ses propres envies, ses propres attentes, voilà qui donne à l’étudiant une plus grande maturité dès le départ de la formation. C’est bien le métier qu’ils veulent exercer en sortant qu’ils sont en train d’apprendre.

Justement n’y a t-il pas moins de pression à l’école pour ces travailleurs ? Les bancs de l’EPITA sont plus reposants que les fauteuils de bureau d’une entreprise, non ?

C’est mal nous connaître ! Vous oubliez que l’apprenti reste avant tout un salarié de l’entreprise qu’il soit installé à son bureau ou assis en amphithéâtre. Il est soumis à des obligations de résultats. Le maitre d’apprentissage reçoit le relevé des absences, peut vérifier sur l’intranet les notes de l’étudiant lors des évaluations. Une entreprise qui a payé pour une formation, qui capitalise sur un étudiant en qui elle croit s’implique énormément auprès de lui : elle a tout intérêt à garder un œil sur ses propres intérêts, l’apprenti fait partie des ressources humaines.