“Il faut continuer le combat”

Pour la cyber-activiste Lina Ben Mhenni, reçue à l’EPITA le 3 mars, les nouvelles technologies et les réseaux sociaux ont joué un rôle décisif dans la révolution tunisienne.
Lors de son intervention devant les étudiants de l’EPITA le 3 mars dernier, en présence du journaliste et rédacteur en chef de la revue Prospective stratégique, Nicolas Arpagian, la cyber-activiste tunisienne Lina Ben Mhenni est revenue sur une révolution dans laquelle les nouvelles technologies ont joué un rôle décisif. “Quand la contestation a commencé à poindre, au moment de la révolte du bassin minier de Gafsa début 2008, les réseaux sociaux et les blogs n’étaient pas encore bien connus ni vraiment utilisés par les opposants comme moyens d’action pour communiquer“, souligne la blogueuse.
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Une mobilisation par les blogs et les réseaux sociaux
Pour Lina Ben Mhenni, “si la révolution tunisienne a débuté dans la rue, le 22 mai 2010, date à laquelle les cyber-activistes tunisiens ont publié un 1er appel à manifester, a représenté un véritable tournant. Les réseaux sociaux et les blogs ont commencé à jouer non seulement un rôle de reportage et de sensibilisation mais également de mobilisation. C’est une situation ironique puisque l’éducation à internet, qui a fait croître notre influence auprès de la population, s’était faite sous le régime de Ben Ali qui avait encouragé l’usage des nouvelles technologies avec son programme “Un ordinateur par famille”.
 
Les autorités se sont alors organisées pour faire face à la menace. “Internet a peu à peu été considéré comme un danger prioritaire à enrayer, explique Mlle Ben Mhenni. Le nouveau média s’est progressivement transformé en champ de bataille : censure des blogs des cyber-activiste également  exercée à l’encontre de leurs profils sur les réseaux sociaux, fouilles, lynchages, arrestations de cyberdissidents, instrumentalisation de certains d’entre eux, chargés de décrédibiliser les autres via de fausses rumeurs.
Internet transformé en champ de bataille
En réaction à cette répression, les cyber-activistes ont également eu recours à des stratégies médiatiques. « On a publié un communiqué falsifié de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) appelant à manifester, on a utilisé le storytelling lors de l’immolation par le feu de Mohammed Bouazizi qui a catalysé la révolution en décembre 2010“, reconnaît Lina Ben Mhenni. Le 2 janvier 2011, leur action est soutenue par les Anonymous, « hacktivistes » internationaux militant pour la liberté d’expression sur internet, qui attaquent les sites gouvernementaux.
Après le départ de Ben Ali, le 14 janvier 2011, puis l’arrivée au pouvoir des islamistes en octobre, l’actualité accroît les difficultés pour le cyber-activisme. « Tandis que la révolution a été confisquée par les islamistes, le risque pour les cyber-activistes s’amplifie aujourd’hui car la majorité au pouvoir est moins préoccupée par les problèmes d’image que ne l’était le régime de Ben Ali, affirme la blogueuse. Face aux nouvelles restrictions, les cyberdissidents doivent s’organiser davantage et réunir des preuves contre le régime. Le départ de Ben Ali était un point de départ et il faut continuer le combat. »
 
Après cette intervention, le débat s’est poursuivi avec les étudiants de l’EPITA autour de quelques rafraîchissements.
Rdv sur le blog de Lina Ben Mhenni: http://atunisiangirl.blogspot.com/