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Le numérique français est (encore) à la recherche de ses futurs talents féminins

Les #DigitalWomen étaient à l’honneur ce mercredi 3 février à l’EPITA. En effet, pour sa première conférence de l’année 2016, l’école s’était associée aux Femmes de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (FESR) pour aborder la place actuelle et future de la femme dans la grande révolution numérique en compagnie d’experts ET d’expertes.

 

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Photos Ephemere – Collectif photo

Alors que le nombre d’emplois dans le numérique va doubler d’ici 2020, le constat est sans appel : ce secteur en pleine croissance manque de talents féminins. Un comble pour certains, un paradoxe pour d’autres, qui nécessite dans tous les cas un profond changement des mentalités, pour ne pas dire une prise de conscience collective. « Je ne peux pas imaginer une seule seconde que les femmes puissent louper ce tournant, assure ainsi Florence Mazars, Head of Transformation Sustainability à Alcatel-Lucent et membre du réseau StrongHer. Cette notion de pouvoir qui, en l’état, sera détenue par les hommes doit faire réagir les femmes. Il faut se défaire du poids social – l’avis des grands-parents, parents, etc. – et vraiment aller vers des role models dès le plus jeune âge pour montrer que tout est possible. »

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Florence Mazars

De l’avis de tous les intervenants, ce « poids social » est le premier responsable de cette carence féminine dans les métiers de l’informatique. « Il faut lutter contre un certain nombre de stéréotypes, avance ainsi Yann Bonnet, secrétaire général du Conseil National du Numérique. L’informatique n’est pas réservé aux geeks et aux hommes ! Il faut que les femmes pensent aussi ce que sera le monde numérique de demain. » Pour insuffler un esprit nouveau et casser les codes, l’éducation a un rôle important à jouer et ne doit pas fermer les yeux pour simplement éluder la question.

Résister contre les stéréotypes persistants
« Le problème des femmes dans l’enseignement supérieur nous touche depuis longtemps, pas seulement depuis que la demande de recrutement de femmes ingénieurs par les entreprises se veut de plus en plus forte, note Joël Courtois, le directeur général de l’EPITA. Nous avons 5 à 10 % de filles par promotion depuis 15 ans, ce qui est encore loin de ce qu’on pourrait souhaiter. Contrairement aux écoles d’ingénieurs en biologie, électronique ou mécanique, celles du numérique et de l’informatique sont particulièrement touchées, font encore « peur » aux étudiantes. Les conseillers d’orientation, les médias et même le cinéma sont aussi responsables en partie de cette situation. Un exemple ? La fille qui fait de l’informatique dans les fictions est forcément dépeinte en gothique. C’est un cliché révélateur parmi tant d’autres. »

À son échelle et depuis plusieurs années, l’EPITA multiplie ainsi les actions pour faire évoluer les mentalités et permettre aux jeunes filles de ne pas se priver d’une carrière prometteuse. « Nous avons créé le Trophée Excellencia il y a une dizaine d’années mais, à l’époque, les médias n’y prêtaient pas attention, rappelle Joël Courtois. Depuis le retour du Trophée il y a deux ans, cela commence à changer et on sent un intérêt à parler de ce genre d’initiatives. Nos étudiantes ont également choisi de s’impliquer, en créant l’association Synergie et en faisant des actions dans des lycées. » Preuve de cette légère évolution, Synergie compte parmi ses membres des hommes animés par l’envie de rompre avec un monde de l’informatique uniquement nourri à la testostérone. « Cette société déséquilibrée n’est pas acceptable et il ne faut pas attendre 20/30 ans pour changer ça, poursuit le directeur général. Les hommes doivent également être sensibilisés et devenir les premiers acteurs de ce rééquilibrage qui, malgré tout, est surtout un problème très occidental : quand on voit les étudiantes étrangères qu’accueille l’EPITA chaque année, on remarque que la Chine, la Corée du Sud ou l’Inde ne sont pas confrontées à cette « discrimination « . »

conference_femmes_digital_chance_epita_2016_enseignement_superieur_recherche_numerique_retour_06.jpgL’entreprise, les habitudes vieillissantes et la notion de plaisir
Si le monde de l’enseignement est en première ligne, celui de l’entreprise doit, tant que faire se peut, montrer l’exemple. C’est le cas de Yahoo, une des rares entreprises pionnières d’Internet à être dirigée par une femme. « Yahoo a toujours été très paritaire, avec des femmes à des postes à haute responsabilité, qui ne se pose pas la question du genre dans le milieu professionnel », détaille Catherine Reichert, directrice de la communication de Yahoo! France. Pourtant, malgré son approche moderne, l’entreprise au « Y » n’échappe pas au problème du manque de représentation féminine dans son organigramme quand il s’agit d’aborder le secteur de l’informatique. « Aujourd’hui, on a 35 % de femmes chez Yahoo mais seulement 17 % dans les fonctions tech. C’est un vrai gap et cela révèle un vrai problème : pas assez d’ingénieures femmes arrivent sur le marché chaque année. Pourtant, il faut de la diversité pour penser les produits et services de demain, qui seront également utilisés par les hommes et les femmes. »

Si confier des postes importants aux femmes méritantes semble être une évidence dans certaines entreprises, toutes n’ont pas encore franchi le pas ni mis fin à certaines situations ubuesques et malheureusement tenaces. « La rémunération entre hommes et femmes ingénieurs, cadres et consultants reflète encore trop souvent un écart de 10 % », souligne à ce titre Yann Bonnet. « L’égalité salariale est une donnée importante mais ne fait pas tout non plus, poursuit Florence Mazars. En effet, il ne suffit pas d’embaucher les femmes : il faut aussi être capable de les garder, de les valoriser. En tant que femme, j’ai déjà connu une certaine forme de jalousie de la part de collègues masculins dans mes expériences passées, notamment en période de crise. Les femmes doivent aussi pouvoir compter sur les managers hommes. » Et en attendant une prise de conscience effective des institutions et autres entités encore à la traîne, seule la passion pourra réellement faire avancer les choses. « On s’éclate et on s’amuse dans le métier d’ingénieure ! », conclue Florence Mazars, qui prend justement du « plaisir à se lever le matin pour aller travailler » dans le secteur du numérique. Un argument de plus à l’enseignement du code auprès des plus jeunes qui, pour tous les intervenants, représente une première étape fondamentale pour l’éclosion de futures passionnées d’informatique. Celles-là mêmes qui seront peut-être à l’origine de la prochaine révolution industrielle.

 

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