La recherche en humanités numériques et sciences sociales computationnelles à l’EPITA
Comment explorer des milliers de pages d’archives ou comprendre les transformations des pratiques sociales ? À l’EPITA, les recherches en humanités numériques associent informatique, histoire et sociologie pour étudier ces questions. Du projet DECIDON sur les débats parlementaires aux enquêtes sur les usages numériques, les chercheurs croisent analyse des données et interprétation humaine pour produire de nouvelles connaissances.



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Les enjeux de la recherche en humanités numériques à l’EPITA
Transformer des archives en données, interpréter des textes à grande échelle ou comprendre des pratiques en ligne demande plusieurs regards. À l’EPITA, les sciences humaines et sociales contribuent à définir les questions de recherche et à interpréter les résultats. Les méthodes informatiques ouvrent de nouvelles possibilités d’exploration, dont il faut aussi examiner les limites.
Rendre les corpus historiques et culturels exploitables
Un document numérisé n’est pas nécessairement prêt à être analysé. Une page ancienne peut comporter des caractères mal reconnus, une mise en page complexe ou des informations difficiles à identifier automatiquement.
Les recherches de l’EPITA associent traitement d’images, traitement automatique des langues et expertise historique pour extraire et organiser ces contenus. L’objectif est de pouvoir retrouver une intervention, comparer des textes ou suivre un sujet dans le temps. Ce travail de préparation conditionne les questions que les chercheurs pourront ensuite poser aux sources et la qualité des analyses produites.
Préserver le contexte et la traçabilité des analyses
Repérer une fréquence, une ressemblance ou une relation entre des textes ne suffit pas à expliquer un phénomène historique ou social. Les résultats doivent être confrontés au contexte de production des documents, à la composition du corpus et aux choix de traitement.
Pour l’équipe MNSHS, l’enjeu est d’articuler analyse de données et interprétation humaine. Le recours à l’intelligence artificielle demande notamment d’évaluer les informations extraites et de conserver un lien avec les sources. Cette exigence permet d’examiner les résultats, de discuter les interprétations et de rendre les méthodes réutilisables.
L’équipe explore aussi les systèmes de RAG et les approches agentiques pour retrouver des sources dans les archives, en cherchant à améliorer la sélection des documents pertinents et à rendre vérifiable le cheminement entre une réponse et ses sources originales.
Comprendre les usages du numérique et leurs conséquences sociales
Les technologies sont aussi un objet de recherche. Comment s’intègrent-elles aux pratiques quotidiennes ? Quels changements accompagnent leur adoption ? Dans quelles situations certains usages deviennent-ils problématiques ?
À l’EPITA, les chercheurs mobilisent enquêtes, entretiens et observations pour étudier ces questions, en complément de l’analyse informatique. Les travaux portent notamment sur les pratiques culturelles, les usages numériques et les jeux d’argent en ligne. Cette approche replace les comportements observés dans leur contexte social, au-delà des seules traces laissées sur une plateforme.
Les projets et travaux de recherche en humanités numériques à l’EPITA
Les travaux de l’équipe MNSHS portent sur des objets variés : débats parlementaires, archives numérisées, textes littéraires, pratiques de jeu, ou encore récits liés à la santé et négociations climatiques. L’équipe réalise aussi l’analyse automatique de récits d’adolescents pour l’aide au dépistage du TDAH ; elle mobilise l’IA pour analyser les formes d’obstruction dans les négociations internationales sur le climat. Ils associent des questions scientifiques précises à la construction de corpus, au développement de méthodes d’analyse et à des enquêtes. Les collaborations avec les équipes Intelligence Artificielle et Traitement d’Images et Reconnaissance des Formes du LRE contribuent à cette démarche.
DECIDON : comprendre comment un sujet devient un enjeu public
Pourquoi certains sujets s’imposent-ils dans les débats parlementaires ? Quelle influence la presse exerce-t-elle sur les questions discutées par les élus ? Le projet DECIDON , coordonné par Marie Puren et porté par l’EPITA, étudie ces relations sous la Troisième République.
Financé par l’Agence nationale de la recherche, il réunit des chercheurs des équipes MNSHS, Intelligence Artificielle et Traitement d’Images et Reconnaissance des Formes. Il associe également la Bibliothèque nationale de France, l’École nationale des chartes, l’EHESS, Inria et le LARHRA.
Les travaux combinent analyse historique, reconnaissance de documents et traitement automatique des langues pour étudier la circulation des discours entre presse et Parlement. Le projet vise aussi à développer une chaîne ouverte de traitement des corpus, depuis leur constitution jusqu’à la mise à disposition de données enrichies et réutilisables.
AGODA et MEZANNO : faciliter la constitution et l’exploration des corpus
Le projet AGODA visait à rendre les débats parlementaires historiques plus accessibles à l’analyse. Il travaillait sur la qualité de reconnaissance des textes et leur structuration, pour permettre notamment de regrouper des interventions par date, par orateur ou par sujet.
Le projet MEZANNO développait des outils ouverts, assistés par intelligence artificielle, pour constituer et annoter des corpus à partir de documents d’archives numérisés. L’annotation consistait à repérer et à qualifier des informations utiles à l’étude.
Ces travaux répondent à une difficulté commune : transformer une collection de documents en un ensemble organisé, que les chercheurs peuvent interroger selon leurs propres questions.
Analyser les styles d’écriture et les discours
Les recherches en stylométrie étudient les caractéristiques mesurables des textes pour comparer des styles et éclairer des questions d’attribution d’auteur. Elles s’inscrivent dans les travaux de l’équipe sur l’analyse des productions culturelles et des discours.
Les recherches de Florian Cafiero croisent notamment intelligence artificielle, humanités numériques et sciences sociales computationnelles. Elles examinent comment les formes linguistiques et stylistiques peuvent aider à comprendre des phénomènes culturels, sociaux et politiques.
Ces méthodes apportent des indices à confronter aux autres connaissances disponibles. Leur interprétation demande de tenir compte des textes comparés, de leur contexte et des limites des modèles utilisés. L’équipe mène également des recherches multimodales sur les formes culturelles, par exemple, en croisant texte, audio, rire et indices kinésiques pour étudier le timing comique dans le stand-up.
Étudier les pratiques de jeu et les risques d’addiction
Au sein de l’équipe MNSHS, Aymeric Brody étudie les pratiques de jeux d’argent, les addictions et les parcours de joueurs, notamment en milieu carcéral. Ses recherches s’appuient sur des enquêtes de terrain, des entretiens, des questionnaires et des observations afin d’analyser ces pratiques dans leur contexte social.
L’objectif est d’étudier les relations entre les dispositifs techniques, les contextes sociaux et les pratiques problématiques. L’analyse des données est ainsi complétée par une compréhension des expériences vécues. Ces travaux contribuent aux connaissances mobilisables pour la prévention des risques liés aux jeux d’argent.
Les échanges scientifiques prolongent ces recherches. L’EPITA a accueilli la conférence Computational Humanities Research en 2023, puis le colloque Humanistica en mai 2026. Ces rencontres permettent de confronter les méthodes, de partager les travaux et de développer les collaborations entre informatique et sciences humaines.
Comment les humanités numériques nourrissent-elles la formation à l’EPITA ?
Concevoir une technologie implique de comprendre son fonctionnement, mais aussi les usages et les choix qu’elle rend possibles. Les recherches en humanités numériques donnent aux étudiants de l’EPITA des outils pour examiner ces dimensions. Elles relient la maîtrise technique à l’analyse des données, à la compréhension des pratiques sociales et à la réflexion éthique.
En cycle ingénieur, interroger les conséquences des choix techniques
Les enseignements d’éthique du numérique invitent les étudiants à examiner les valeurs et les responsabilités engagées dans la conception des systèmes. Qui bénéficie d’un algorithme ? Quels biais peut-il reproduire ? Quelles personnes risque-t-il d’exclure ?
Dans son approche pour croiser histoire, numérique et éthique, Marie Puren mobilise notamment des études de cas pour rendre ces questions concrètes. Les étudiants apprennent ainsi à discuter les conséquences d’une décision technique en tenant compte du contexte dans lequel la technologie sera utilisée.
Découvrir la recherche par l’enquête et l’analyse des usages
Les enquêtes quantitatives et qualitatives, notamment sur les usages de l’intelligence artificielle, permettent aux étudiants de découvrir les méthodes des sciences humaines et sociales. Construire une problématique, recueillir des données et interpréter les résultats demande de justifier ses choix à chaque étape.
Cette démarche développe une lecture critique des observations : qui a été interrogé, dans quelles conditions et que peut-on réellement conclure ? Les projets et stages menés avec les équipes du laboratoire offrent également des occasions d’approfondir un intérêt pour la recherche et d’envisager une poursuite dans cette voie.

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