Open data, réseaux sociaux et impact du crowdsourcing

Le MTI Day est la journée de présentation des projets de la majeure Multimédia et Technologies de l’Information (MTI) de l’EPITA ; elle a lieu cette année le mercredi 23 janvier. Pour cette édition, les étudiants de MTI devaient proposer des applications basées sur l’open data. En conclusion de cet évènement, l’école a organisé une table ronde autour de la thématique « open data, réseaux sociaux et impact du crowdsourcing ».

Cyril Reinhard, responsable de la majeure MTI et modérateur du débat, a réuni autour de lui Benoît Thieulin, fondateur et directeur de l’agence La Netscouade et président du Conseil National du Numérique, Joël Courtois, directeur général de l’EPITA, et Mehdi Medjaoui, co-fondateur et directeur exécutif de Webshell. Les questions de définition des pratiques, de modèle économique et de gamification étaient au cœur des échanges entre les intervenants.

MTI Day 2013.JPGJoël Courtois, Cyril Reinhard, Benoît Thieulin et Medhi Medjaoui lors de la conférence.

Crowdsourcing et open data : deux univers complémentaires

Après une intervention de Joël Courtois rappelant le rôle de « défricheur » de l’EPITA – et donc l’intérêt porté au crowdsourcing et aux possibilités de l’open data – Benoît Thieulin est revenu sur l’intérêt d’exploiter des données libres, disponibles depuis longtemps (rapports et avis des institutions politiques), mais souvent illisibles, car trop techniques. Le crowdsourcing, par la mise en commun de compétences et spécialités complémentaires rend ces données compréhensibles, donne du sens à ces chiffres et notions brutes et donc les rendre exploitables. L’esprit du hacking y est logiquement de mise.

Une éducation auprès des possesseurs de données est nécessaire. Si les partenaires publics commencent à prendre conscience de l’intérêt de l’open data (la plateforme française d’ouverture des données publiques en est la preuve), les entreprises privées restent très peu nombreuses à fournir les données qu’elles peuvent récupérer, sans rien en faire, paradoxalement. Or, dans le contexte de crise actuelle et de réinvention de l’économie grâce au numérique, la monétisation de ces données pourrait changer les business models et pourquoi pas donner lieu à un nouveau type de fiscalité. Medhi Medjaoui rejoint ce point en mentionnant différents exemples d’API utilisant les open data dans un contexte crowdsourcé : Code for America, SNCF, Open Street Map… autant de structures et de projets ayant eu la présence d’esprit de faire participer leur public afin d’affiner des données a priori théoriques. Cependant, les sociétés craignent une perte de contrôle de leurs informations.

Quel modèle économique ?

Face à ce constat, ces premières propositions de monétisation ne peuvent voir le jour que si un travail pédagogique est fait auprès des entreprises. Or, la demande en données lisibles croît énormément. Aussi des modèles économiques applicables immédiatement sont nécessaires. Plusieurs solutions ont été envisagées : création de services premium (accès global au service gratuit, et service payant dès lors que l’utilisateur a besoin de résultats plus précis) ou application des business models actuels du numérique (contribution des fournisseurs de données pour que ceux qui les traitent les rendent plus lisibles).

Surtout, cette nouvelle révolution digitale rééquilibre les rapports de forces sur Internet : les individus gagnent en puissance via l’importance de leur contribution dans le processus du crowdsourcing. Les sociétés prennent conscience qu’elles ont des besoins en données crowdsourcées fiables : elles peuvent et doivent se tourner vers les personnes qui savent mais qui jusqu’ici n’ont pas eu les moyens ou simplement conscience que leur pratique quotidienne d’une activité particulière pouvait avoir une résonnance bien plus importante.

MTI Day 2013 02.JPG

Quelle pédagogie appliquer ?

L’autre étape importante pour que le couple open data/crowdsourcing passe à la vitesse supérieure est la mobilisation, qui doit nécessairement être importante pour être valide, du public à ce mouvement. Il faut sortir des logiques d’opinion et rentrer pleinement dans la donnée de comportement, beaucoup plus objective. La gamification, qui consite à appliquer des mécanismes de jeu à d’autres domaines, semble être le moyen le plus indiqué à l’heure actuelle pour fidéliser ce public. L’opération de checking ne doit pas être une contrainte et doit donc s’apparenter à un jeu, où les notions de récompenses et de compétition loyale sont prépondérantes.

Les intervenants ont conclu cette table ronde en rappelant que cette libre mise à disposition de données brutes personnelles doit se faire dans un cadre juridique stricte, anonyme et bien défini (notamment dans le traitement de données liées à la santé). Et les participants de rappeler que, de fait, les données individuelles ne sont pas intéressantes ; ce n’est que lorsqu’elles sont représentatives d’un groupe social qu’elles prennent leur sens.